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24 Mars 2006 : 30.000 raisons pour continuer à lutter

lundi 3 avril 2006

Aujourd’hui, cela fait 30 ans que le coup d’état de 1976 a instauré la plus féroce dictature qu’a connu notre histoire.

Plusieurs générations se sont rassemblées pour commémorer cette date tragique et pour maintenir vivant le souvenir de nos 30.000 prisonniers et disparus, la douleur de tant de compatriotes assassinés, emprisonnés, torturés, persécutés et condamnés à l’exil. Nous défilons pour continuer à exiger le châtiment des responsables du génocide, pour dénoncer l’impunité d’hier et d’aujourd’hui, les nouvelles formes de répression et pour continuer à lutter pour les idéaux pour lesquels nos compagnons ont donné leurs vies : une Argentine sans oppression, sans exploitation et sans misère.

Aujourd’hui, cela fait 30 ans que le coup d’état de 1976 a installé la plus féroce dictature qu’a connu notre histoire.

Plusieurs générations se sont rassemblées pour commémorer cette date tragique et pour maintenir vivant le souvenir de nos 30.000 prisonniers et disparus, la douleur de tant de compatriotes assassinés, emprisonnés, torturés, persécutés et condamnés à l’exil. Nous défilons pour continuer à exiger le châtiment des responsables du génocide, pour dénoncer l’impunité d’hier et d’aujourd’hui, les nouvelles formes de répression et pour continuer à lutter pour les idéaux pour lesquels nos compagnons ont donné leurs vies : une Argentine sans oppression, sans exploitation et sans misère.

Nous revendiquons aujourd’hui la résistance et la gigantesque et héroique lutte ouvrière et populaire qui a ouvert des brèches sous le socle de la dictature, la lutte irrésistible des mères, des grand mères, des familles, des ex prisonniers- disparus et de tous les organismes de droits de l’homme. Ces luttes ont continué pendant toutes ces années avec la bataille incessante contre l’impunité du passé et du présent.

La dictature a eu comme objectif d’imposer un projet de pays. Pour l’atteindre, elle a opté pour le génocide avec la détermination de détruire les organisations ouvrières et populaires, en exterminant les militants et en soumettant par la terreur tout le peuple argentin.

Pendant toutes ces années, les pays impérialistes, les propriétaires terriens, les organismes internationaux de crédit comme le FMI, les monopoles et les grands groupes économiques-financiers nationaux et étrangers furent les bénéficiaires des ces politiques qui ont en contrepartie aggravé la crise structurelle de l’Argentine et creusèrent le fossé d’inégalité entre les quelques uns qui accumulent d’énormes richesses et les millions qui n’arrivent même pas à percevoir un revenu minimum qui leur assure la subsistance. Cela a été la situation pendant la dictature et cela continue aujourd’hui.

Dans sa période de déclin, la dictature essaya de s’approprier la revendication historique des Malouines. Les mêmes forces armées qui ont appliqué la terreur fasciste ont reculé lâchement face à l’impérialisme pendant que les jeunes soldats ont combattu et sont morts héroïquement dans la défense des Malouines.

Bien que la terreur fasciste de la dictature fut mise en déroute, les classes dominantes ont continué à imposer la continuité de son projet économique-social avec les gouvernements constitutionnels ultérieurs.
Les gouvernements changent, mais se maintient le système qui a condamné près de 14 millions d’argentins à la pauvreté et à l’indigence.

Pendant ces années, nous avons vu surgir l’Argentine souffrant de la faim, l’Argentine des millions de chômeurs et des ouvriers soumis à la flexibilité et avec des salaires en dessous du niveau de pauvreté. L’Argentine de la santé et de l’éducation ruinées. L’Argentine de la corruption en haut et de la faim et du désarroi en dessous.
L’Argentine de l’impunité, avec ses gouvernements successifs a intégré et protégé les idéologues, le responsables et les protagonistes des crimes de la dictature et a maintenu intact l’appareil répressif. Cette impunité a engendré de nouvelles impunités.

Mais en même temps a grandi l’autre Argentine : celle de la lutte et de la résistance populaire à toutes ces politiques. Cette lutte a connu un point d’inflexion pendant les journées héroïques des 19 et 20 décembre 2001qui a secoué l’Argentine jusque dans ses tréfonds. La vague de barrages ("piquetes"), de révoltes populaires ("puebladas") et de grèves qui se succédaient a tout submergé pendant ces journées où le peuple a envahi les rues parce qu’il n’était pas disposé à supporter un nouvel état de siège, ni à subir le même état d’oppression. 34 personnes ont donné leurs vies pendant ces journées et 6 autres sont morts suite aux blessures reçues.

La consigne "que se vayan todos" a incarné les millions d’autres qui questionnaient les institutions du système.
Avec notre lutte irrésistible pour la justice, nous avons obtenu l’annulation des lois d’amnistie (« Punto final y obediencia debida ») et que se déclenchent des actions judicaires contre les génocides dans tout le pays et nous avons obtenu l’arrestation et le jugement de près de 150 responsables des répressions.

Malgré cela, la grande majorité des condamnés bénéficient de lieux de détention à leurs domiciles ou sont emprisonnés dans des centres des forces armées jouissant de privilèges inacceptables. Et plsu de mille n’ont pas encore été inquiété.

Pour cela, aujourd’hui, comme hier, nous exigeons des emprisonnements effectifs, communs et perpétuels pour les génocidaires ¡

La majorité des juges refuse d’instruire des actions contre les responsables de la répression en tant que participant au terrorisme d’état et au génocide pour ne retenir contre eux que des délits ponctuels. Même s’ils ont devant les yeux les listes de ceux qui étaient répertoriés dans le personnel des centres d’extermination et celles des détenus-disparus qui y avaient été emprisonnés, les juges complices refusent de traiter ces actes comme un plan systématique d’extermination et de disparition.

Par ailleurs, l’annulation des amnisties, appel que nous avons lancé depuis plusieurs années, a de nouveau été bafoué par le gouvernement et ses représentants à la Chambre des Députés avec le vote en bloc, contre son approbation.
Pour cela, aujourd’hui, comme hier, nous exigeons l’annulation des amnisties pour les génocidaires.

Un des effets les plus pervers du génocide et de l’impunité qui l’a soutenu, est la situation que vivent aujourd’hui les plus de 500 enfants de nos compagnons disparus, emprisonnés avec leurs mères ou nés en captivité qui ont été enlevés, qui ne connaissent pas leur véritable identité et demeurent séquestrés par les militaires, policiers ou civils qui se sont appropriés d’eux. Nous exigeons que le gouvernement retrouve ces jeunes et qu’il leur restitue leurs véritables identités. Por eso, hoy como ayer, exigimos la anulación de los indultos a los genocidas.
Nous exigeons la justice et le châtiment pour ces voleurs d’enfants, les médecins et les accoucheurs qui ont participé à ces crimes. Parce que ; tant qu’il y a une identité travestie, l’identité d’un peuple est mise en doute.
Chaque jeune qui récupère son identité est une conquête de la lutte de tous.
C’est pour cela, que aujourd’hui, comme hier, nous disons : Restitution de l’identité des plus de 500 jeunes "appropriés".

Nous ne croyons pas dans les autocritiques tellement médiatisées des commandants en chef des forces armées. Tant qu’ils ne restituent pas les archives de la répression, ils continuent à espionner le peuple, comme c’est apparu clairement récemment dans les événements de la Base Almirante Zar, le même lieu où ils ont massacré les héros de Trelew …
Et aujourd’hui, comme hier, nous disons : Nous n’oublions pas, nous ne pardonnons pas, nous nous réconcilions !!!
Pendant ces années, la situation économique et sociale n’a pas changé : le gouvernement de Kirchner paye une dette externe illégitime, immorale et frauduleuse, en disant que nous désendettons. En 2005, s’est effectué le payement le plus important de toute l’histoire nationale. Les privatisations ont été maintenues, les entreprises qui pillent nos ressources continuent à en profiter, les salaires ont été dévalorisés et des conquêtes ouvrières ont été liquidés. Le chômage reste massif, la misère touche toujours plus de la moitié de la population et la destruction de la santé et de l’éducation continue.
Les grandes fortunes peuvent toujours impunément échapper aux impôts, et la moitié des emplois ne sont pas déclarés, privés de tous les droits du travail.
Aujourd’hui, comme jamais, l’affirmation que nous payons la dette externe avec la faim et la misère du peuple travailleur et exploité est flagrante de vérité. Et le prix des biens de première nécessité continue à augmenter.

La majorité des entreprises récupérées par leurs travailleurs qui les maintiennent héroïquement en activité alors que les propriétaires se sont enfui ou es ont déclaré en faillite, loin de recevoir des soutiens sont boycottés par l’Etat.
Pour cela, nous disons "Assez de ces politiques qui génèrent de la faim, de la pauvreté et du chômage. Non au payement de la dette externe. Non à l’ALCA. Non aux traités de libre échange.

Aussi, avec ce gouvernement, se sont produits des faits graves de répression contre le peuple. La situation que vit aujourd’hui le peuple de Las Heras, province de Santa Cruz est l’incarnation de cette politique. Le nord de la province où règnent en maître les industries pétrolières et minières impérialistes et les propriétaires terriens voit une ville militarisée ;les travailleurs et leurs familles subissent une persécution permanente, les 20 prisonniers politiques ont été torturés et le gouvernement national, en réponse au conflit a envoyé la Gendarmerie. Ces derniers jours, le Président de la Nation a déclaré qu’il y avait eu des excès. Nous exigeons, ce 24 mars, la liberté immédiate pour tous les prisonniers politiques de Las Heras et le retrait de la gendarmerie.

La répression concerne diverses provinces du pays. On poursuit le mouvement ouvrier ; on le réprime ; on dépouille de ses terres le mouvement paysan, comme le MOCASE à Santiago del Estero et le mouvement des peuples indigènes, comme le peuple QUOM à Formosa. Nous dénonçons l’action des bandes paramilitaires financées par les propriétaires terriens.

Pour la première fois après la dictature, en 2005 on a interdit l’accès des manifestations populaires à l’historique Plaza de Mayo.

En réponse à la grande mobilisation contre la présence de Bush en Argentine, les villes de Mar del Plata et une partie de la ville de Buenos Aires ont été encerclées par un dispositif militaire, et les militants qui ont manifesté ce jour-là sont toujours emprisonnés.

De même, sont encore en prison les détenus de la Gare Haedo du Ferrocarril Sarmiento.

Les barrières de protection forment partir du paysage urbain quotidien. Exemples : la Plaza de Mayo, l’Assemblé Nationale et la Chambre de Députés de la ville de Buenos Aires.

Les menaces et les attaques contre l’avant-garde de la classe ouvrière cherchent à imposer l’ordre et la discipline au moment où des secteurs de plus en plus importants de travailleurs montrent à nouveau leur volonté d’action.

La pratique de la torture des jeunes dans les prisons et dans les commissariats, continue. Souvent jusqu’à leur mort. Exemple : Magdalena.

La gâchette facile et la présence de la police dans les quartiers populaires, particulièrement dans la province de Buenos Aires, forment partie de la même politique.

Les traités internationaux contre le terrorisme, ratifiés par le gouvernement ne serviront qu’à accentuer la persécution des militants populaires..
Il existe aussi un projet pour promulguer les « lois antiterroristes ».

Pendant le gouvernement Kirchner il y a eu plus de prisonniers politiques que pendant tous les gouvernements constitutionnels précédents et il y a une aggravation de la criminalisation de la contestation sociale ; De jour en jour, le nombre de procès augmente et le gouvernement retarde l’application de l’amnistie en faveur des militants des luttes populaires.

POUR TOUT CELA, NOUS DISONS :

BASTA DE REPRESSION ! DEPART IMMEDIAT DE LA GENDARMERIE DE LAS HERAS ET DE TOUS LES CONFLITS SOCIAUX ! LIBERTE POUR LES PRISONNIERS POLITIQUES ! AMNISTIE POUR TOUS LES MILITANTS DES LUTTES POPULAIRES !

15 mois ont passé après Cromanon ; Les responsables du massacre sont la corruption et la négligence de l’État. Des milliers de jeunes et leurs familles, continuent à défiler accompagnés par des organisations populaires pour exiger jugement et châtiment des responsables politiques et civils de la mort de 194 jeunes et des souffrances des milliers de survivants de ce tragique 30 décembre. Le résultat de ces manifestations a été : la prison pour Chaban et la destitution d’Ibarra, principal responsable politique des faits. La lutte continue avec comme objectif de finir avec l’impunité pour TOUS les responsables.

La mobilisation autour de la demande de jugement et châtiment des responsables politiques et civils du massacre de Puente Pueyrredon a obtenu la condamnation à perpétuité de Franchiotti et Acosta, assassins de Dario et Maxi. Mais les responsables politiques de cet assassinat sont toujours en liberté : Duhalde, Anibal Fernandez, Sola Atanassoff et Alvarez et ils continuent à exercer leurs fonctions publiques.

Le gouvernement Kirchner refuse toujours l’accès aux archives classées « Secrets d’État » du massacre de l’AMIA et refuse de les communiquer à une Commission Indépendante. Après avoir reconnu la responsabilité de l’état dans la « couverture » des assassinats, sans procès ni jugement, la politique du gouvernement est de faciliter la prescription des faits pour occulter sa propre responsabilité.

L’impunité se vérifie aussi dans les assassinats d’Ibanez et Cuellar en Jujuy en 2003, l’emprisonnement et la torture pratiquée sur des chômeurs (femmes et enfants inclus) à Caleta Olivia, la répression du 19 et 20 décembre 2001, les 1700 cas de « gâchette facile », la bombe à Plaza de Mayo en 2003, la mort de 14 ouvriers à Rio Turbio, les attaques au Service de Paix et Justice et les menaces proférées à l’encontre des Mères et des Grand mères de la Plaza de Mayo, l’attaque contre le siège du Parti Ouvrier et contre les locaux du Frente Popular Dario Santillan et le massacre à l’intérieur de la prison de Magdalena.

POUR TOUT CELA, NOUS DISONS :

NON A L’IMPUNITER D’HIER ET D’AUJOURD’HUI !

La mobilisation ouvrière et populaire s’est accentuée.

Aujourd’hui, nous soutenons tous les hommes et femmes travailleurs ou chômeurs, les retraités, les étudiants, les enseignants, les paysans, les indigènes et tous ceux qui luttent pour leurs droits et pour construire une Argentine avec du travail, des salaires, santé, éducation et logement pour tous.

Nous soutenons la lutte farouche et permanente des femmes pour leurs droits. Romina Tejerina est un symbole de cette lutte. Nous soutenons la lutte du peuple de Entre Rios qui affronte les multinationales et résiste contre l’installation des usines à papier.

La lutte de notre peuple prend sa place dans la révolte qui secoue l’Amérique Latine. La solidarité avec Cuba, Venezuela et Bolivie -harcelés par l’impérialisme- augmente et le mot d’ordre d’unité dans la lutte des peuples latino-américains est à l’ordre du jour.

Nous exigeons la liberté des 5 patriotes cubaines emprisonnés aux EEUU et nous dénonçons les tortures pratiquées sur la base de Guantanamo et d’Abu Graib et l’utilisation du phosphore blanc dans le massacre de Faluya.

L’impérialisme américain qui a déclenché une guerre génocidaire en Irak est paralysé par l’héroïque résistance du peuple irakien. Avec tous les peuples du monde, nous avons manifesté contre l’agression impérialiste en Irak et nous nous opposons aux plans d’invasion de l’Iran, du Moyen Orient et de la Corée du Nord. Nous appuyons la lutte du peuple palestinien. Nous dénonçons le plan Colombie et l’installation des nouvelles bases militaires en Amérique Latine.

Nous dénonçons les manœuvres qui utilisent l’affaire de l’AMIA pour justifier la campagne impérialiste contre l’Iran.

Nous exigeons du gouvernement argentin le retrait immédiat et total des troupes argentines d’Haiti, au nom du droit à l’autodétermination des peuples et nous demandons la rupture de toute coopération militaire avec les Yankees.

POUR TOUT CELA, NOUS DISONS :

DEHORS LES YANQUEES D’IRAK ET D’AMERIQUE LATINE, RETRAIT IMMEDIAT DES TROUPES ARGENTINES D’HAITI !

POUR NOS 30.000 DETENUS- DISPARUS

À 30 ans du coup d’État, nous réaffirmons notre lutte pour en finir avec l’impunité des génocidaires de la dictature : nous continuons à exiger, à dénoncer et à lutter jusqu’à la condamnation jugement du dernier impliqué. Mais la lutte ne s’arrête pas là. Nous voulons aussi en finir avec l’impunité de ceux qui aujourd’hui tuent en affamant le peuple et en le maintenant au chômage et dans la misère.

Nous réincorporons aujourd’hui la mémoire de tous ceux qui sont morts tout au long de notre histoire.

Nous appartenons au peuple qui lutte depuis longtemps pour un pays où il doit être possible d’avoir du pain, du travail, une terre, la santé, l’éducation, le logement, une enfance et une vieillesse protégées, une jeunesse avec un avenir, la justice et le respect des droits de l’homme.

C’est pour cette Argentine là que sont morte 30.000 détenus-disparus.

Pour cette Argentine-là, nous nous engageons à continuer la lutte pour que nos revendications deviennent réalités, et pour que notre pays soit libéré de l’oppression impérialiste et de l’exploitation.

Les consignes de leurs luttes qui sont les nôtres, sont toujours à l’ordre du jour.

Pour cela nous serons présents sur la Plaza de Mayo tous les 24 mars. Pour la mémoire, la vérité et la justice !!

30,000 camarades détenus-disparus : PRESENTS !!!

24 mars 2006-04-26

ORGANISATION 30 ANS, MEMOIRE, VERITE ET JUSTICE

Manifeste signé par environ 400 organisations syndicales, politiques, sociales et populaires en Argentine et à l’étranger.